Deux grandes familles d’outils, des usages complémentaires

La télédermatologie repose sur deux modalités principales, dont le choix dépend du contexte clinique : le « store-and-forward », où des images cliniques et dermoscopiques accompagnées de l’histoire du patient sont transmises pour analyse différée par un spécialiste, et la téléconsultation en direct par visioconférence, qui permet un échange interactif immédiat avec le patient.

La teledermoscopie, un raccourcissement mesurable des délais

Pour les parcours de soins liés au mélanome, une revue systématique publiée en 2025 et suivant un protocole PRISMA 2020 a analysé douze études comparatives évaluant spécifiquement l’apport de la télédermoscopie (image-enabled teledermatology). Les délais avant premier avis expert étaient réduits à environ un jour, et le délai médian avant première consultation en présentiel raccourci d’environ dix jours par rapport à une filière de référence classique — sans dégradation apparente de la performance diagnostique ni de la sévérité pronostique au moment du diagnostic. L’hétérogénéité clinique et méthodologique entre études a toutefois empêché une méta-analyse quantitative formelle, imposant une synthèse narrative des résultats.

Les applications smartphone : une efficacité prouvée pour le triage

Une analyse rétrospective portant sur les décisions de traitement d’un praticien de télédermatologie sur une période de douze mois a montré que 83,7 % des patients référés pouvaient être pris en charge sans consultation en présentiel : 44,6 % ont été rassurés sans suite, 20,9 % ont bénéficié d’une chirurgie mineure directement orientée, et seuls 1,3 % ont nécessité une référence en chirurgie spécialisée du fait du caractère suspect de la lésion.

Des outils encore hétérogènes en termes de fiabilité diagnostique

Une revue de portée de 2025 centrée sur le cancer cutané en zone rurale souligne une variabilité importante des performances diagnostiques rapportées selon les outils et les modalités d’image : sensibilité allant de 41,9 % à 100 %, spécificité de 46 % à 90 % selon les neuf études analysées. Cette hétérogénéité reflète des différences de résolution d’image, de protocoles de prise de vue et de population étudiée plutôt qu’une défaillance uniforme de la technologie.

En pratique

Le choix de l’outil doit donc rester guidé par l’indication clinique précise : le store-and-forward convient bien au triage et aux avis spécialisés asynchrones à faible enjeu temporel, tandis que la téléconsultation vidéo est privilégiée lorsqu’un dialogue en temps réel avec le patient est nécessaire, et la teledermoscopie ciblée sur les situations à fort enjeu diagnostique comme le dépistage du mélanome.