Une multiplication de référentiels à mettre en perspective

Trois à quatre grandes recommandations structurent aujourd’hui la prise en charge des maladies inflammatoires cutanées à l’échelle internationale, chacune avec sa propre méthodologie et son propre champ d’application géographique — ce qui impose de savoir les situer les unes par rapport aux autres plutôt que de les considérer comme interchangeables.

La mise à jour américaine : un focus ciblé

La mise à jour 2025 de l’American Academy of Dermatology sur la dermatite atopique adopte une approche « focused update » : plutôt que de réviser l’ensemble du document 2023-2024, elle cible spécifiquement les nouvelles thérapies approuvées par la FDA depuis (tapinarof, roflumilast, lebrikizumab, nemolizumab), avec quatre nouvelles recommandations formulées selon la méthodologie GRADE.

La version européenne : un « living update » continu

Le guide européen EuroGuiDerm sur la dermatite atopique adopte une philosophie différente, celle du « living update » — une révision continue plutôt que ponctuelle, permettant d’intégrer plus rapidement les nouvelles données. Sa deuxième mise à jour a spécifiquement porté sur l’intégration du lebrikizumab, avec des indications désormais étendues aux populations pédiatriques pour plusieurs biothérapies et inhibiteurs de JAK.

La référence britannique pour le psoriasis

Pour le psoriasis, la mise à jour pragmatique 2023 des recommandations britanniques (BAD) sur les biothérapies reste la référence la plus citée à l’échelle internationale, avec une méthodologie orientée vers l’applicabilité clinique directe plutôt que l’exhaustivité théorique.

Une approche régionale complémentaire : l’exemple singapourien

À Singapour, le groupe de travail thérapeutique du psoriasis de la Société dermatologique a publié en 2024 des recommandations fondées sur une revue de littérature PubMed couvrant juin 2013 à décembre 2023, structurées autour des grandes classes thérapeutiques disponibles (photothérapie, méthotrexate, acitrétine, ciclosporine, aprémilast, corticoïdes topiques, calcipotriol, inhibiteurs de la calcineurine topiques et biothérapies). Cet exemple illustre l’intérêt de recommandations régionales adaptées au contexte local d’accès aux soins et aux molécules disponibles.

En pratique : comment hiérarchiser ces sources

Ces documents partagent une méthodologie commune (approche GRADE) mais diffèrent par leur champ d’application, leur fréquence de mise à jour et leur contexte réglementaire de référence. Une approche pragmatique consiste à privilégier la recommandation la plus récente et la plus proche du contexte réglementaire local (accès aux molécules, remboursement), tout en consultant les versions internationales pour les situations non couvertes localement — plutôt que de chercher une hiérarchie universelle entre ces référentiels.