Un intérêt étudiant massif, une formation structurée encore rare

L’enseignement de la dermatologie est directement concerné par l’essor de l’intelligence artificielle, à double titre : comme sujet à enseigner, et comme outil pédagogique en soi. Les enquêtes menées ces dernières années auprès des étudiants en médecine dressent un tableau cohérent : un intérêt et un usage massifs des outils d’IA générative, contrastant avec une formation structurée encore très limitée.

Ce que disent les enquêtes internationales

Une enquête transversale menée en Arabie saoudite en 2025 auprès de 170 étudiants en médecine rapporte que 95,9 % d’entre eux connaissaient l’IA et que 94,1 % avaient déjà utilisé ChatGPT ; 61,2 % percevaient l’IA comme un outil de soutien plutôt qu’un substitut au professionnel de santé. Mais 55,3 % des répondants déclaraient n’avoir reçu aucune formation formelle sur l’IA, ce qui souligne le décalage entre l’adoption spontanée de ces outils et leur intégration réelle dans les cursus. Une enquête comparable menée en Égypte la même année, auprès de 423 étudiants de dix universités, confirme cette tendance à large échelle.

Les internes en dermatologie spécifiquement interrogés

Plus proche de la pratique spécialisée, une enquête transversale dédiée aux internes en dermatologie sur l’intégration de l’IA dans leur formation rapporte une attitude globalement positive envers un enseignement enrichi par l’IA, tout en insistant sur la nécessité de garde-fous éthiques explicites et de programmes structurés de littératie algorithmique — plutôt qu’une adoption informelle et non encadrée des outils.

Des applications concrètes déjà décrites

Une note pratique publiée en 2024 dans Clinical and Experimental Dermatology décrit des applications concrètes de l’IA dans la formation en résidanat : entraînement à la reconnaissance de lésions sur des banques d’images annotées, retour immédiat sur les erreurs de classification, et personnalisation du rythme d’apprentissage selon le niveau de l’interne.

Des limites reconnues dès le premier cycle

Cette intégration reste toutefois débattue au niveau du deuxième cycle des études médicales : un article de synthèse publié dans Clinical Dermatology en 2024 souligne à la fois le potentiel de l’IA pour l’enseignement dermatologique en faculté de médecine, et des limites persistantes — absence de cursus structuré sur l’IA, hétérogénéité des outils disponibles, et risque de dépendance excessive à des suggestions automatisées non vérifiées par un enseignant.

Le potentiel — encore émergent — de l’IA générative

Plus récemment, l’usage de grands modèles de langage pour générer du contenu pédagogique original — une approche parfois qualifiée de « formation synthétique » — a été proposé comme moyen de produire un nombre potentiellement illimité de cas cliniques d’entraînement, sans dépendre uniquement de banques d’images existantes. Cette piste, publiée dans npj Digital Medicine en 2025, reste à un stade précoce d’évaluation clinique et nécessite une validation par des experts avant tout déploiement à grande échelle.

Un usage qui dépasse la seule formation médicale

Le même type d’outils est également exploré du côté de l’éducation thérapeutique des patients, où l’IA générative permettrait de produire des explications personnalisées selon le type de peau, la langue ou le niveau de littératie en santé du patient — un prolongement naturel de la pédagogie médicale vers la pédagogie patient, qui pose toutefois les mêmes exigences de validation et de supervision.